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Terrasse ou toiture à usage privatif : qui paie et qui reste responsable en cas d'infiltration ?

Gestimmo Antibes
il y a 15 heures
5 min de lecture

La scène est classique. Une tache d'humidité apparaît au plafond d'un appartement. L'eau vient de la terrasse située au-dessus, dont le voisin a l'usage exclusif. Le syndic renvoie vers ce voisin ; le voisin renvoie vers le syndic. Et la victime, elle, attend que l'eau cesse de couler.

Pour sortir de ce blocage, il faut distinguer quatre questions que l'on confond souvent : à qui appartient la terrasse, qui en paie l'entretien, qui est responsable envers la victime, et qui supporte finalement le coût. Voici des réponses claires — étant entendu que chaque copropriété a ses particularités.


Plafond intérieur blanc taché d’humidité et de moisissure près d’une fenêtre noire, ambiance négligée. Dégât des eaux plafond.


D'abord, une distinction qui change tout : la jouissance n'est pas la propriété


Dans de nombreuses copropriétés, une terrasse ou une toiture-terrasse accessible depuis un seul lot constitue une partie commune à jouissance privative. Le copropriétaire concerné en a l'usage exclusif (il est le seul à pouvoir y accéder et en profiter) mais il n'est pas propriétaire de la partie commune elle-même : sa structure appartient à l'ensemble des copropriétaires.

Cette notion est définie par l'article 6-3 de la loi du 10 juillet 1965 (introduit par l'ordonnance du 30 octobre 2019). Attention toutefois : toute terrasse accessible depuis un appartement n'est pas automatiquement une partie commune. La qualification exacte, et une même terrasse peut comporter des éléments communs et des éléments privatifs, dépend des titres et du règlement de copropriété. C'est donc le premier document à examiner.



Qui paie l'entretien et les travaux ?


C'est le point qui demande le plus de prudence, car il n'existe pas de règle universelle : la répartition dépend de la qualification des éléments, du règlement de copropriété et des règles légales de répartition des charges.

En principe, lorsque la dalle et le complexe d'étanchéité constituent des parties communes (le cas le plus fréquent), leur entretien et leur réfection relèvent des charges de copropriété, selon les règles de répartition applicables. C'est la conséquence pratique la plus importante : si une infiltration provient d'un défaut d'étanchéité de la dalle commune, c'est en principe le syndicat qui finance la réfection, même si un seul copropriétaire a l'usage de la terrasse.


À l'inverse, l'entretien courant des éléments dont le copropriétaire a l'usage exclusif peut lui incomber (nettoyage, désencombrement, évacuations dégagées, revêtement, plantations d'une terrasse-jardin), notamment lorsque le règlement le prévoit.


Un point de vigilance : le règlement peut contenir des dispositions particulières sur les dépenses d'une terrasse à jouissance privative. Leur portée, et parfois leur validité, doivent être examinées avant de décider qui finance : une clause qui tenterait de transférer au seul bénéficiaire le gros œuvre et l'étanchéité n'est pas nécessairement valable, mais cela s'apprécie au cas par cas, au regard des textes applicables. À noter enfin que les aménagements réalisés par le copropriétaire (un carrelage qu'il a posé, par exemple) ne sont pas des parties communes : leur dépose et repose, lors de travaux d'étanchéité, peuvent rester à sa charge.



En cas d'infiltration : qui est responsable envers la victime ?


C'est ici que se joue l'essentiel, et la réponse surprend souvent. Lorsque l'infiltration trouve son origine dans une partie commune, la victime peut engager la responsabilité du syndicat des copropriétaires, de plein droit, sur le fondement de l'article 14 de la loi du 10 juillet 1965, sans avoir à démontrer la moindre faute. Il lui suffit d'établir que le désordre provient d'une partie commune. Or la terrasse à jouissance privative en est une.


Selon les circonstances, la responsabilité du copropriétaire qui jouit de la terrasse peut aussi être recherchée, par exemple en cas de faute personnelle ou de trouble anormal de voisinage. Mais la voie la plus directe pour la victime reste le syndicat, dont la responsabilité ne suppose aucune preuve de faute.


Point décisif, et de pleine actualité : une clause du règlement qui confie l'entretien de la terrasse au bénéficiaire n'exonère pas le syndicat de cette responsabilité envers la victime. La Cour de cassation vient de le rappeler avec force (3e chambre civile, 17 septembre 2026, n° 24-20.973) : malgré une telle clause, le syndicat reste responsable de plein droit, y compris des loyers perdus par la victime pendant les désordres. Cette solution protège les victimes en leur permettant d'agir contre le syndicat dès lors que le dommage provient d'une partie commune, indépendamment de la répartition interne des obligations d'entretien.

Autrement dit : la clause règle la question entre le syndicat et le copropriétaire jouisseur, mais elle est sans effet face à la victime.



Le recours : qui supporte finalement le coût ?


La responsabilité du syndicat envers la victime ne signifie pas qu'il supportera seul le coût définitif du sinistre. Selon les circonstances, il peut exercer un recours (y compris en appelant en cause, dans la même procédure, celui qu'il estime responsable) contre :

  • le copropriétaire bénéficiaire, s'il a manqué à l'obligation d'entretien courant mise à sa charge (terrasse encombrée, évacuation bouchée, revêtement laissé à l'abandon) ;

  • l'entreprise ou le constructeur à l'origine du désordre, le cas échéant au titre de la garantie décennale ou de l'assurance dommages-ouvrage ;

  • plus largement, les assurances concernées, dont les conventions entre assureurs organisent en pratique la prise en charge.


Ce recours n'a toutefois rien d'automatique : il faut en établir les conditions, notamment le manquement du copropriétaire et son lien avec le dommage. C'est pourquoi la victime a intérêt à mettre en cause à la fois le syndicat et le copropriétaire jouisseur. Et c'est pourquoi, pour qui jouit d'une terrasse, l'entretien n'est jamais une simple formalité : s'il le néglige, il risque, au bout de la chaîne, d'en supporter le coût.



Nos conseils pratiques


Pour un conseil syndical comme pour un copropriétaire concerné, quelques réflexes évitent bien des litiges :

  • Lisez le règlement de copropriété : il indique qui détient la jouissance et ce qu'il doit entretenir. C'est le premier document à sortir.

  • Entretenez réellement votre terrasse privative : évacuations dégagées, revêtement surveillé. Un défaut d'entretien se paie, au titre du recours.

  • Déclarez vite tout sinistre et faites constater l'origine de l'infiltration : la rapidité limite les dégâts et sécurise les recours.

  • Ne laissez pas traîner une étanchéité vieillissante : faire voter sa réfection à temps coûte moins cher qu'une succession de sinistres et de contentieux.


Ces situations mêlent technique du bâtiment et droit de la copropriété : c'est exactement là que notre connaissance du bâti et de la gestion juridique d'une copropriété prend son sens. Pour comprendre la répartition des charges, voyez aussi notre article sur les charges de copropriété ; et pour faire voter des travaux, celui sur l'assemblée générale.



En résumé


Lorsqu'une terrasse ou une toiture-terrasse constitue une partie commune à jouissance privative, son usage exclusif ne fait pas disparaître son caractère commun. La répartition des dépenses d'entretien et de réfection dépend de la nature des éléments concernés, du règlement de copropriété et des dispositions légales.

En cas d'infiltration provenant d'une partie commune, le syndicat des copropriétaires peut voir sa responsabilité engagée de plein droit, même si le règlement confie certaines obligations d'entretien au copropriétaire bénéficiaire (la Cour de cassation l'a expressément rappelé le 17 septembre 2026). Le syndicat conserve toutefois la possibilité d'exercer des recours contre les personnes effectivement responsables du dommage.


Comprendre cette mécanique, c'est éviter le blocage « le syndic renvoie au voisin, le voisin au syndic ».

Votre copropriété à Antibes ou alentour est confrontée à une infiltration ou à une terrasse à jouissance privative mal cadrée ? Parlons-en : nous lisons votre règlement, qualifions la situation, faisons voter et suivre les travaux, et vous accompagnons dans la gestion du sinistre et des recours avec les professionnels compétents. Notre page dédiée aux conseils syndicaux présente notre méthode.



Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Chaque copropriété et chaque sinistre présentant des particularités, n'hésitez pas à nous solliciter pour étudier votre situation.

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